LA LÉGENDE DU SABOT


Sur le rebord de la corniche calcaire, au nord de Frotey et face à la motte, les vents, les pluies et le gel, ont sculpté la roche en forme de sabot. L'imagination populaire, frappé par le travail de la nature, a inventé, pour l'expliquer, une légende.

Le seigneur qui tenait le château de Montaigu, verrou de la vallée du Durgeon à quelques kilomètres au nord, partit pour la croisade. Il laissa sa jeune femme sous la garde de son chapelain et sous la protection de quelques jeunes bacheliers. Il était absent depuis déjà plusieurs mois, lorsqu'un soir, un chevalier tout de noir vêtu et monté sur un cheval noir demanda l'hospitalité pour la nuit. On la lui accorda volontiers.
A la veillée, il se révéla un conteur merveilleux qui, par sa verve, enchanta la châtelaine et ses gens, depuis longtemps habitués aux veillées moroses. On l'invita à repousser son départ.
Les jours s'écoulaient et nul ne se lassait de l'entendre et lui-même semblait avoir oublié qu'il n'était que de passage. Un soir qu'il était seul avec la dame, il lui tint des propos très tendres, avec une telle ardeur qu'elle était sur le point de succomber au moment où, dans la vallée, retentit une sonnerie de trompettes. Le mari revenait opportunément de Terre-Sainte. Le diable, car c'était bien lui, n'eut que le temps sauter par la fenêtre, si vite que, dans son élan, il perdit sa chaussure. Elle tomba sur le rebord du plateau, où elle se pétrifia. C'est le Sabot de Frotey !